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Assemblée nationale : Un interprète réclame 100 millions de FCFA

Il s’agit d’Eric Mody Koité, interprète à l’Assemblée nationale et connu pour ses prestations au compte de Mahamadou Hawa Gassama, député élu à Yélimané. En service depuis 2003, Eric dit n’avoir jamais « perçu de salaire ». 

Pourtant, il sera viré le 30 septembre 2017 avec les  autres interprètes de l’AN suite à une décision du bureau.  Il dit vouloir porter plainte pour réclamer « ses droits » qu’il évalue à 100 millions de FCFA.

Dans une correspondance datant du 6 septembre dernier, le président de l’Assemblée nationale a informé les députés bénéficiaires des prestations des interprètes de la « constitution d’un vivier d’interprètes à l’AN ». Issiaka Sidibé a rappelé aux intéressés, au nombre de 17, que le Bureau de l’AN lors de sa réunion ordinaire du mardi 28 avril 2017 a pris cette décision.

« Un appel à candidature a été lancé pour sélectionner les meilleurs candidats. L’activité consiste à doter l’institution d’interprètes dans plusieurs langues pour les besoins d’interprétation et de traduction des députés, notamment au cours des séances plénières », souligne-t-il dans sa lettre. Le président de l’AN a ajouté que le processus de sélection desdits interprètes est arrivé à terme et invite donc les députés concernés « à ne plus recourir aux prestations des interprètes avec lesquels il collaborent actuellement ». Il leur signale qu’il sera mis fin au payement des émoluments dûs aux interprètes à compter du 30 septembre 2017.

Jugée unilatérale par des députés, cette décision du bureau de l’Assemblée nationale a provoqué un grand tollé chez les interprètes. Certains d’entre eux prévoient même d’assigner l’institution en justice. C’est le cas d’Eric Mody Koité, interprète au compte de Mahamadou Hawa Gassama, député élu à Yélimané. Il dit avoir déjà contacté son avocat pour porter plainte contre l’Assemblée nationale.

« Je travaille depuis 2003 à l’AN comme interprète. J’ai même une attestation de prise de service. Mais je n’ai jamais perçu de salaire, seulement des indemnités pendant les sessions », nous a confié M. Koité. Il a évalué ses 14 ans de salaire « à plus de 100 millions de FCFA ». « Je porterai plainte pour licenciement abusif et je réclamerai mon droit », a-t-il insisté.

 Le règlement intérieur de l’AN a-t-il été violé ?

Eric n’est pas le seul à se plaindre de cette décision du bureau de l’AN. Mamoutou Coulibaly, l’interprète de Baferemè Sangaré, député élu à Kolondiéba, parle même d’un règlement de compte. Selon lui, en 2016 les primes de session ont été augmentées pour tous les autres travailleurs de l’AN. Mais seuls les députés et les agents de l’administration ont bénéficié de cette augmentation. Les interprètes, les assistants des présidents et les assistants des groupes parlementaires n’ont jamais reçu les 2000 F malgré une note interne l’exigeant. Nous les interprètes nous avons toujours réclamé notre argent qui est un droit. Et voilà pourquoi ils veulent se débarrasser de nous en violation de l’article 4 du règlement intérieur », a estimé M. Coulibaly.

L’article 4 du règlement intérieur stipule : « Les débats à l’Assemblée nationale se déroulent dans la langue officielle du Mali. En cas de nécessité, les députés sont assistés d’interprètes dans les conditions déterminées par le bureau de l’Assemblée nationale. Ces conditions doivent faire l’objet d’une décision du président de l’Assemblée », jugez-vous même.

Les députés qui bénéficient les prestations des interprètes, n’approuvent pas non plus la décision du Bureau de l’AN. Ils disent n’avoir pas été consultés alors qu’ils sont les principaux concernés.

« C’est aujourd’hui (Nldr hier) que j’ai reçu la correspondance. C’est une mauvaise décision prise par le bureau à notre insu. Nous faisons confiance à nos interprètes. Nous allons nous mobiliser pour  qu’ils restent avec nous », a déclaré Baferemè Sangaré.

Quant à Mahamadou Hawa Gassama, il dénonce une décision politique. Député du principal parti de l’opposition, Gassama soutient que son interprète (Eric) dérange et on l’écarte avec les autres. « Je ne me laisserai pas faire », a-t-il prévenu.

Maliki Diallo

Source : L'Indicateur du Renouveau 13 Sep 2017

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