Croissant lunaire : QUE PRÉVALE LE CONSENSUS

Publié le 24 mai
Source : L'Essor

Il y a des années de cela, la sortie du ramadan avait débouché sur une situation inédite pour les communautés musulmanes dans notre pays. Elle s’était effectuée de façon plutôt abrupte pour une partie de la communauté qui s’était vue dans l’obligation d’interrompre son jeûne au 28ème jour du mois. Et avait dû, après la fête, porter le nombre de jours jeûnés au moins à vingt-neuf, tel que le commandent les prescriptions. L’observation du croissant lunaire, qui est le préalable majeur à l’accomplissement de bien de rites et recommandations du culte musulman, avait laissé planer des zones d’ombre sur la rigueur requise et attachée à une telle procédure. La pratique de la foi ne pouvant s’accommoder de la tare que constitue le doute, il a été donné d’entendre çà et là, des voix discordantes suivant la conviction intime de certains leaders. Cette attitude avait plongé la masse des fidèles dans la perplexité, suscitant des interrogations diverses, la goguenardise sur un sujet qui ne l’appelle guère.

Les théologiens soulignent en la matière que le jeûne devient obligatoire dès que le croissant est aperçu, fût-ce par un seul musulman intègre. Ils rappellent à cet effet, que le Messager (PSL) avait donné l’ordre de jeûner après qu’un bédouin eût attesté avoir vu le croissant lunaire. Il est de même rappelé ses injonctions : ″Jeûnez quand vous le verrez et mettez fin à votre jeûne quand vous le reverrez, et si les nuages vous empêchent de le voir, portez le nombre de jours jeûnés à 30.″

Face aux impairs de la transmission de l’information dans des délais crédibles, des réflexions avaient alors émergé sur l’efficience des procédures mises en place, la représentativité des organes sensés montrer les voies idoines dans le domaine de la foi.

Les communautés musulmanes n’évoluant pas en vase clos, des échanges s’effectuent inévitablement entre tenants des diverses écoles juridiques, entre les différentes associations qui se fixent pour objectif d’éclairer les citoyens sur la pratique de leur religion et qui ont vu le jour dans notre pays depuis que le contexte général leur en offre la possibilité. La nature des relations entre représentants de cultes et pouvoir temporel se retrouve ainsi en question. Le phénomène n’est pas circonscrit à nos seules communautés.

Ainsi, sous d’autres latitudes où les congrégations vivent dans des conditions moins propices que les nôtres, des efforts de concertation sont déployés pour dégager un consensus sur une représentation crédible vis-à-vis des pouvoirs publics. Dans ces démarches, ces communautés entendent, par ces canaux largement reconnus, faire évoluer les différents dossiers touchant à l’exercice de leur culte, soumettre des propositions conséquentes, à l’écart de tout affairisme ou radicalisme étranger à l’islam, dans le respect des lois. Ce faisant, les oulémas mettent en avant le souci de préservation des attributs de la communauté musulmane.

Ils indiquent à cet effet qu’il leur appartient de transcender leurs divergences en ayant comme objectif unique les missions définies dans le Livre sacré : « Nous avons fait de vous une communauté de justes, vous érigeant en témoins vis-à-vis des hommes, et instituant envers vous pour témoin Notre Messager », est-il rappelé (2:143). Énumérant de ce fait quelques-unes des obligations que doit s’imposer la communauté musulmane, les théologiens soulignent qu’il lui incombe d’être exemplaire, en évitant excès et extravagances, de même que la rigidité statique. Les oulémas et autres érudits qui servent de guides à ces communautés ne sauraient demeurer en reste, car c’est par ces qualités que les fidèles musulmans peuvent se réclamer «meilleure communauté humaine», à qui rappel est fait de cette exhortation : « Croyants, soyez fermes en votre foi en Dieu, en son Messager, au Livre qu’il a fait descendre sur lui, et au livre qu’il a fait descendre avant». (4:136).

A. K. Cissé

Source : l’Essor

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