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El Hadj Omar Tall à Déguimbéré : Mort, suicide, assassinat ou disparition mystérieuse ?

Qu’est-il arrivé à El Hadj Omar Tall en 1862 à Déguembéré ? Dans quelles circonstances a-t-il quitté Hamdalahi, la capitale de la théocratie musulmane du Massina ? En réalité, en El Hadj Omar, il y a trois figures :

l’homme de religion, dont personne ne doute de l’immensité de la culture, le père d’une famille nombreuse et le leader politique. Entre le temporel, le spirituel, le mystique et le temporal, il faut encore beaucoup de précaution dans l’approche, car le récit historique, du fait des susceptibilités et d’une bonne dose de pudeur, n’a pas encore terminé sa structuration.

A l’intérieur de la famille omarienne même, et de la communauté des talibés en général, il s’agit d’un sujet quasi tabou. Ici, on ne parle pas de la mort d’El Hadj Omar ; l’homme n’a à ce jour pas de sépulture identifiée ; il a donc tout simplement disparu mystérieusement.

A l’extérieur de cette communauté, le sujet est perçu à la simple dimension d’un homme politique, qui a engagé et perdu une guerre, la guerre de trop contre la théocratie du Massina.

Entre ces deux pôles d’information sur les derniers instants de El Hadj Omar, il y a les dogons, le peuple sur le territoire duquel, le Cheick a trouvé refuge. Ce récit endogène existe. Il faut cependant le recouper.

En 1854, El Hadji Omar déclare la guerre sainte. Il se met en mouvement de l’Ouest vers l’Est. En peu de temps, il a engrangé des victoires certaines ; des victoires qu’il faut relativiser dans le fond, car elles n’ont pas permis l’organisation d’un véritable état. Plusieurs contraintes peuvent expliquer la fragilité de ce qui, en réalité, n’a jamais été un « empire » stable. Il y a d’abord eu, contre l’occupation, des révoltes incessantes d’une grande partie des peuples vaincus. Certains n’ont jamais accepté le fait accompli. S’y ajoute un facteur social qui était que le « marabout » a été perçu comme un étranger, un envahisseur intolérant qui, en plus des païens, a aussi combattu les musulmans.

Lui-même a toujours eu une conscience claire de son statut d’étranger, un statut que la fraternité islamique n’a pu gommer. il a personnellement noué plusieurs alliances matrimoniales, du Nigéria au Soudan, pour se faire des alliés. A ses talibés, il recommandait la même pratique, en les conseillant d’ajuster leurs ceintures tout en les allongeant !Il y a enfin, l’arrivée et la progression des Français dans le même azimut que lui et avec la même convoitise sur les mêmes territoires. Les Français, notamment Faidherbe et plus tard Archinard, ont attisé, lorsqu’ils n’ont pas suscité la rébellion contre les Foutankés.

Le 11 avril 1855, à la tête des « moudjahidin », les combattants de la foi, il « prend » Nioro, la capitale des bambaras massassis du Kaarta. Trois ans après, il assiège, sans succès, le fort de Médine, du 20 avril 1857 au 18 juillet 1857. Depuis, lui et les Français n’ont plus été au contact frontal.

La suprématie militaire de El Hadji Omar Tall

A partir de Médine, il va mettre le cap sur un autre royaume bambara, celui de Ségou dont le pouvoir politique était aux mains de la dynastie des Diarra. En 1859, a lieu l’épique bataille de « Woiytala » (encore chantée par les griots), bataille qui se solda par la victoire de Cheick Omar qui désormais pouvait marcher facilement sur Ségou. Ce qu’il fit le 9 mars 1861.Ali, fils de Monzon Diarra, s’enfuit et va trouver refuge auprès d’Amadou Amadou, à la tête de la Dina, une autre construction théocratique, dont la capitale était Hamdalahi, « Gloire à Dieu ».

El Hadj Omar n’avait pas pour dessein d’exercer un pouvoir temporel. Il désigne son fils Amadou en tant que son successeur ; le temps pour lui de mettre sur place une organisation militaire suffisamment forte pour affronter Hamadalahi. Nous sommes en 1862.Jusqu’ici, El Hadj Omar avait pour lui le bénéfice de la supériorité militaire et technique.

Dans l’ouvrage collectif rédigé par l’Unesco, « L’Afrique au XIXème siècle jusque vers les années 1880 » ; on retrouve une description quasi monographique de la composition des troupes et de la qualité de l’armement du Cheick. On peut lire que « C’est dans le pays Hawsa que Shayku Umar avait recruté les premiers éléments de cette armée qui n’a cessé de grossir de Sokoto jusqu’à Dinguiraye. Multiraciale, elle comprenait les contingents du Fouta Toro, du Hawsa, du Fouta Djalon, du Khasso, du Kaarta, de Ségou.

Les premiers étaient les plus importants : de Jekungo jusqu’au départ de Nioro en 1859, le Fouta Toro n’a cessé d’alimenter l’armée du djihad » (669).Le texte précise que « la garde du Shayk était assurée par un important groupe à dominance Hawsa ».

A la page 670, on peut lire que « l’armement était composé essentiellement de fusils de traite et de sabres ; quelques privilégiés avaient des fusils à deux coups. Un important groupe de forgerons suivait l’armée et la ravitaillait en balles ».

Il avait aussi acquis des fusils à double canon. Jean Schmitz, dans « Rhéthorique et Géopolitique du jihad d’al Hajj Umar Taal » (Fonds documentaire de l’ORSTOM, Numéro 26176, 16 juin 1989) soutient que certaines des armes du conquérant ont été achetées aux français dans un premier temps. Il y a ensuite la filière anglaise, à partir de la Sierra Léone. Sur ce point, Schmitz écrit que El Hadj Omar a pu compter sur la présence et la participation d’un groupe de Yorouba convertis à l’islam et qui sont devenus après des élèves de la Tidjaniya. Les Yoroubas sont connus pour leur sens pointu du commerce. Ils ont ainsi, selon le même auteur, pu contribuer au fait que « près de 1.500 à 1.800 armes à feu étaient annuellement acheminéespar Bakel et Médine ».

L’armée du Cheick avait aussi des canons modernes. Dans « L’Afrique au XIXème siècle jusque vers les années 1880 », à la page 679, les auteurs indiquent qu’en 1858, le Cheick avait pu prendre au capitaine Français Cornu, mis en déroute, à Ndium-du Ferlo, « deux obusiers de campagne, en panne ». Le Cheick avait dans ses rangs ; un « Ingénieur », en la personne de Samba Ndiaye, qui a pu réparer les engins et les rendre opérationnels, pour les campagnes suivantes.

La bataille de Déguembéré

La victoire de El Hadj Omar sur Amadou n’en pas été une véritablement. De fait, il a détruit la capitale de l’empire ; il a fait tuer Amadou et son protégé Ali Diarra. Mais pendant qu’il était encore sur place, une grande coalition se mit en marche contre lui. Cette coalition comprenait d’abord les peuls du Massina qui n’ont jamais accepté le fait accompli. Elle comprenait aussi les bambaras de Ségou, qui dans l’histoire, ont pendant longtemps eu un destin commun avec la théocratie du Massina. Elle comprenait surtout l’armée de El Békaye Kounta qui a su très tôt que lui aussi était une cible de El Hadj Omar. Cette armée unie, au nom de la « Quadriya », une autre confrérie musulmane, marche sur Hamadalahi. Elle va assiéger la ville. Et la stratégie fonctionne, parce que rapidement tout va manquer à El Hadj Omar Tall : les munitions, les pièces de rechange, l’alimentation… David Robinson, dans son livre « la guerre sainte de El Hadj Omar » (Karthala, 2000) rapporte que les foutankés ont fini de manger tout ce qui était comestible à Hamadalahi : les bœufs, les moutons, les chevaux, les chiens et même les cadavres humains. Pour une fois, El Hadj Omar était dans la position la plus inconfortable depuis qu’il a déclaré le djihad. Pour une fois, il était devenu la proie. Il a tout fait pour remobiliser ses troupes, mais rien n’y fit.

 

André Aubry, qui a réuni les notes du commandant Briquelot, sous le titre de « Lettres et Carnets de route du Commandant Briquelot, de 1871 à 1896 » (Correspondances, le manuscrit.com, 2001), a relaté que « Il (El Hadji Omar) fut assiégé pendant neuf mois à Hamadalahi. Il parvint à s’enfuir avec « sa femme favorite, trois de ses fils et un griot ». Cette information est confirmée. La « grotte » dont parle l’auteur est à Déguémbéré où El Hadj Omar a, en vain attendu, les renforts de son neveu Tidjani, pourtant situé à Bandiagara. était- ce vraiment « un retard » ? Là, il faut interroger les réalités intestines de la grande famille. En tous les cas, Tidjani n’arrivera à Dégembéré que pour constater les dégâts.

Les versions croisées

A Dégembéré même, le jour fatidique, plusieurs versions circulent. André Aubry (ouvrage précité) écrit que « sa mort demeure un mystère ». Précautionneux, il ajoute : « On dit qu’il se fit sauter dans une grotte avec les tonneaux de poudre que portaient ses enfants. Il ne voulait pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis ».

Ce témoignage de Aubry, qui était à Nioro, contre les troupes des toucouleurs, vers 1890, a le bénéfice de donner deux informations capitales. La première est que dans sa fuite, El Hadj Omar était accompagné de sa femme favorite, de trois enfants et d’un griot. La deuxième est qu’El Hadj Omar ne voulait pas tomber vivant entre les mains de ses adversaires. On verra par la suite l’intérêt de ces précisions.

Hamadou Boly, dans sa thèse de doctorat, « Le soufisme au Mali du XIXème siècle à nos jours : religion, politique et société » (Université de Strasbourg, juin 2013), a donné les grands moments d’un document authentique qu’il a traduit de l’arabe. Ce document cite la version de la fin de El Hadj Omar telle que portée par le fils d’Amadou Amadou du Massina, dans un manuscrit intitulé « Bayān mā ǧarā ». Après avoir fait référence aux circonstances de la guerre imposée par El Hadj Omar au Massina, il retrace les derniers moments du Fountanké en ces termes : « Il fuit et se réfugia dans une grotte, l’armée peule se dépêcha pour le déloger.

A leur arrivée il cria : « Soyez patients et attendez-moi, je descendrai vers vous ». « Mais, poursuit-il, quand il vit leur détermination à le capturer, il rentra vite dans la grotte et alluma un feu à l’entrée. Les peuls attisèrent davantage ce feu en y jetant du bois et du foin ». « Al-Ḥāǧ Umar y périt tragiquement, avec ses enfants et ses épouses », conclut-il son récit. (Muḥammad Āmadu Āmadu, Bayān mā ǧarā, ms., n°27. I.H.E.R.I.A.B, Tombouctou, fol.3.).

C’est la même version que rapporte Mohamed Ali Thiam, le petit fils du conseiller principal de El Haj Omar Tall, dans son livre intitulé « La vie d’El Hadj Omar Qaçida en Poular », (Paris, éd. Institut d’ethnologie, 1935.Ms n°27, op. cit., ff. 34-35.) Cette version, bien évidemment, n’est pas celle que retient la famille Tall. Thierno Mountaga Tall, un des petits fils du Cheikh, lui, fixe la date de l’évènement au 28 février 1864, au lieu du 12 février. Pour lui, El Hadj Omar est mort suite à une maladresse : « Il venait juste de terminer la prière de l’après-midi (Takoussaan).

La poudre explosa. C’était une maladresse que l’un de ses hommes renversa des braises dessus ». Ce texte est rapporté par Amadou Bal BA (auteur d’une thèse de doctorat « Le droit international de l'expulsion des étrangers : une étude comparative de la pratique des états africains et de celle des états occidentaux » ( Paris 2, 1995) dans «El Hadji Oumar TALL, géant de l’Histoire»(Le blog de Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , 28 mars 2019).

Le même auteur, dans le même document, citant Mamadi Aïssa, (un des biographes arabisants de El Hadj Omar Tall), rapporte que « les Foutankais lassés d’attendre les renforts de Tidjani, (sic le neveu de El Hadj Omar) avaient commencé à trahir El Hadji Omar. C’est ainsi que les coalisés, les Kounta et les gens du Macina, ont pu engager une attaque dans la grotte », et «combattirent, avec acharnement, jusqu’à ce que le feu ayant été mis à de la poudre qui avait été répandue, il se produisit une explosion dans la grotte ; et, c’est ainsi que se termina la carrière d’El Hadji Omar ».

Dans toutes ses sources, le rapport à une explosion dans la grotte est affirmé clairement.On remarquera cependant une différence dans le récit. Dans le texte du petit fils d’Amadou, cette explosion a été causé de façon délibérée. Quand on décortique le fond de l’argumentaire, il y aurait même eu un dialogue entre El Hadj Omar et ses poursuivants. Et c’est suite à cette conversation que le fugitif s’empressât de causer l’incendie qui le tua.

Avec combien de guerriers a-t-il péri ? Qui étaient son épouse favorite et ses enfants qui l’ont accompagné ? Aucune précision sur ces personnes.

Thierno Mountaga Tall, dans son ouvrage « El Hadji Oumar Tall : L’aigle de Alwar » (L’Harmattan, 2017) est catégorique : « Cheikh Oumar s’éclipse des falaises de Bandiagara définitivement aux yeux des hommes. Il fut ainsi le troisième à être élevé dans les cieux, après le Prophète Issa (Jésus) et Seydina Ali Ibn Abi Talib... » (citation tirée de la quatrième de couverture du livre).

Toutes ces informations sont importantes. Cependant, il manque la version d’une partie du peuple dogon. Il faut recouper cette version et en faire un récit qui lui aussi peut avoir son intérêt. Que dit globalement cette version qui a une grande similitude avec celle rapportée par les peuls du Massina. Elle confirme le dialogue qu’il y a eu entre El Hadj Omar et Balobbo, le général qui a organisé la traque. Là s’arrête la similitude, car tout se serait passé, semble-t-il, dans le cadre d’un esprit quasi chevaleresque, au terme duquel El Hadj Omar demanda et obtint, le principe d’un retour dans la grotte, pour une ultime consultation avec ses accompagnateurs.

Il y a ensuite eu l’explosion organisée, et l’attente des poursuivants pour que se dissipe la fumée. Au constat final, selon cette source, tous les occupants de la grotte n’ont pas péri subitement. « L’épouse favorite » et le griot dont André Aubry a fait cas dans « les Correspondances » auraient survécu. Le Cheick lui-même aurait survécu avant que ne s’enchevêtrent d’autres évènements d’une grande cruauté. Des objets auraient été récupérés, à l’occasion. C’est après, et bien après que Tidjani est arrivé sur les lieux pour s’occuper des dépouilles et organiser des poursuites.

Conjecturer, aujourd’hui sur la mort de El Hadj Omar, n’est toujours pas un exercice facile. Toutes les sources de production d’informations n’ont pas été interrogées. Le sujet, tout autant religieux que politique, est encore délicat, cent cinquante-sept ans après le fait historique. C’est seulement quand on aura mis tous les récits en perspective et en résonnance qu’on peut saisir l’Histoire, car l’histoire des récits fait aussi partie de l’Histoire.

 

Références bibliographiques

Histoire générale de l’Afrique ; IV ème volume, L’Afrique au XIXème siècle jusque vers les années 1880, sous la direction de J.F. Ajayi, 1996, 2010

ROBINSON (David), « La question des sources dans le Jihad d’Al-Hajj Umar», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 4èmetrimestre 1985, n°269, pages 405-434 ;

ROBINSON (David), La guerre sainte d’Al-Hajji Umar : le Soudan Occidental au milieu du XIXème siècle, traduction de Henry Tourneux et Jean-Claude Vuillemin, Paris, Karthala, 1988, 413 pages ;

SAINT-MARTIN (Yves), « Un fils d’El Hadji Omar : Aguibou, roi de Dinguiray et du Macina (1843-1907) », Cahiers d’études africaines, 1968, n°9, vol 29, pages 144-178 ;

SAINT-MARTIN (Yves), L’empire toucouleur, 1848-1897, Paris, Le Livre africain, 1970, 189 pages, spéc sur El Hadj Omar et ses successeurs pages 29-106.

SALENC (Jules), « La vie d’El Hadj Omar»,B.C.E.H.A.O.F., 1918, pages 405-431.

Schmitz Jean,« Rhéthorique et Géopolitique du jihad d’al Hajj Umar Taal » (Fonds documentaire de l’ORSTOM, Numéro 26176, 16 juin 1989)

SOLEILLET (Paul), Voyage à Ségou (1878-1879), rédigé par Gabriel Gravier, 1887, 513 pages.

TALL (Thierno Mountaga), El Hadji Oumar Tall : l’aigle de Alwar, préface de Mamadou Racine Kassé, Dakar, L’Harmattan, 2017, 95 pages.

TYAM (Mohammadou, Aliou), La vie d’El Hadji Omar, Qacida en Poular, transcription, traduction, notes et glossaire de Henri Gaden, Paris, Musée d’Histoire naturelle, Institut d’Ethnologie, 1935, 290 pages.

Source : l’Essor

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