Jeudi 25 Avril 2024

Engrais organique : La recette pour une fertilisation durable des sols

Oumar Fomba est transporteur mais aussi propriétaire d’un champ de deux hectares à Samayana, village situé à une trentaine de kilomètres de Bamako. Le dimanche 11 juillet dernier, notre équipe de reportage s’est rendue dans son champ.

Ce transporteur, non moins paysan, scrute ses animaux et ses plantes. Au tour de lui, on aperçoit des moutons et des espèces de volailles (pintades, poulets, dindons, canards) jasant dans une ambiance incommensurable. Outre des manguiers, des karités, des nérés et des boutures de goyaves s’y trouvent. À l’autre bout du champ, tout entouré de grillage, on voit des tas de bouses de bœuf en épars. Pour ses besoins, notre interlocuteur a mis en place un système de production de l’engrais organique «farafin nɔgɔ» à partir des excréments de ses animaux.

Il explique : «Nous rassemblons leurs fientes dans un trou, nous en ajoutons les déchets et ordures, de l’herbe et du banco. De temps en temps, on l’arrose pour qu’il soit bien décomposé avant le début d’hivernage afin d’avoir de l’engrais organique.» Cette technique, bien connue dans le Mandé, permet à nombre d’agriculteurs de satisfaire une bonne partie de leurs besoins en engrais. Oumar Fomba ne cache pas qu’il préfère l’engrais organique à l’engrais chimique, appelé «tubabu nɔgɔ».

Une préférence qui s’est imposée au fil des années de pratique de l’agriculture. Aujourd’hui, il n’utilise plus que de l’engrais organique, car «les plants nourris avec cet engrais donnent des produits bios avec un agréable goût». L’agriculteur estime que ce type d’engrais permet de fertiliser le sol et de le conserver durablement. Ses cultures phares sont le maïs, le mil et le haricot cette dernière est cultivée sous le maïs pour le fourrage d’animaux. Son gardien est natif de Béléko, dans la Région de Dioïla, une des grandes zones agricoles du Mali. Installé dans le champ d’Oumar avec sa femme, Adama Diarra nous partage leur idée sur les deux engrais dans leur contrée.

Selon lui, tous les deux sont utilisés chez eux. Cependant, l’engrais organique permet à la culture d’avoir la force de résister dans la durée, tandis que l’engrais chimique lui donne un vif élan dans un temps mesuré et permet aussi d’augmenter sa production. Le jeune homme explique aussi qu’ils ont deux sortes de terres : sableuse et non sableuse. Leur différence est que celle sableuse conserve plus l’humidité. «L’engrais chimique aide beaucoup dans les parties moins conservatrices d’humidité, parce qu’il fait avancer rapidement les plantes», croit savoir Adama Diarra.

RESTAURER LA FERTILITÉ- Le chef de la division promotion et valorisation des cultures et produits végétaux à la Direction nationale de l’agriculture (DNA), Tiémoko Lanfia Touré, fait savoir que les deux engrais ont à peu près le même rôle qui est de booster la production agricole, d’augmenter les rendements. Mais la différence est que l’engrais organique contribue à la structuration du sol, c’est-à-dire la restauration de la fertilité et la conservation de humidité dans le sol. Il contribue à l’amélioration des propriétés physiques ou chimiques du sol. Tiémoko Lanfia Touré rassure que cet engrais n’est pas toxique pour la terre parce que c’est à base naturelle. «Il est aussi considéré comme l’engrais de fond. On l’utilise en général avant l’installation des cultures. Il soutient la culture durant tout le cycle», explique l’expert agricole de la DNA.

Les engrais chimiques contribuent aussi à l’augmentation de la production agricole. Mais le seul problème est que ce sont des produits toxiques. Leur utilisation prolongée et irrationnelle peut provoquer le problème d’acidité du sol et contribuera à la baisse de la fertilité du sol. Selon Tiémoko Lanfia Touré, les deux engrais (chimique et organique) peuvent être combinés et utilisés. Est-ce que les paysans peuvent se passer des engrais minéraux? L’expert répond : «Dans les politiques agricoles en Afrique de façon générale, on est en train de faire la promotion de l’agro écologie. Cela ne veut pas dire qu’il faut bannir l’engrais chimique, mais plutôt un usage raisonnable car il a un impact négatif sur la santé humaine, animale et sur l’environnement.»

Pour le moment, ajoute-t-il, l’agriculture biologique tant souhaitée n’est pas à la portée de tout le monde. Elle demande, en effet, beaucoup de fonds que peu de pays peut mobiliser. Aussi, la production d’engrais organique est très limitée au Mali. Les quelques sociétés qui ont commencé à produire ne peuvent pas couvrir les besoins des paysans, révèle Tiémoko Lanfia Touré qui explique au passage que les engrais chimiques de fond jouent le rôle de compost. Ils peuvent contenir plusieurs composants chimiques, comme le potassium, le phosphate, le diazote et souvent le calcium associé.

N'Famory KEITA

Source : l’Essor

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